Frères et sœurs : de la rivalité à l’abus
« L’abus entre frères et sœurs est caractérisé comme une relation impliquant des violences émotionnelles et physiques répétitives et continues, dans un contexte de déséquilibre des pouvoirs, avec des signes de préjudice et d'intimidation. »
~ Dr. Corrina Tucker, SAARA
L’étude SCAAR vise à mieux comprendre la manière dont les adolescents canadiens gèrent les conflits entre frères et sœurs, les répercussions de ces interactions ainsi que le rôle de la famille et de l'environnement familial dans ces dynamiques. Nos résultats s’inscrivent dans la continuité des recherches existantes sur les conflits, l'agressivité et l’abus entre frères et sœurs, notamment en confirmant que la violence entre frères et sœurs est plus fréquente que tout autre forme de violence au sein de la famille.
Vous trouverez ci-dessous des informations permettant d’approfondir la compréhension de cette dynamique complexe, en mettant l'accent sur l’abus ou la maltraitance entre frères et sœurs.
« N'est-ce pas simplement une rivalité fraternelle normale ? »
L'expression « rivalité fraternelle » est utilisée, depuis son apparition au début des années 1940, pour définir tous les conflits entre frères et sœurs, peu importe leur gravité ou leur impact. Les recherches sur les familles menées en sociologie, en psychologie et dans d'autres sciences sociales ont accordé peu d'attention aux relations entre frères et sœurs. Elles se sont plutôt concentrées sur l'influence des parents, et ce, malgré le fait que les individus passent généralement plus de temps avec leurs frères et sœurs qu'avec leurs parents, tant pendant l'enfance que tout au long de leur vie.
À la fin des années 1970, l'étude novatrice intitulée Violence in the American Family (en français, La violence dans la famille américaine) a révélé que les enfants subissaient beaucoup plus de violence de la part de leurs frères et sœurs que de leurs parents/tuteurs, et que ces taux étaient même supérieurs à ceux observés pour les enfants témoins de violence conjugale. Les études réalisées par la suite ont continué à confirmer les mêmes résultats, menant à l’exploration de la prévalence, des causes profondes, des impacts et des moyens de prévenir ou d'intervenir lorsque la « rivalité » entre frères et sœurs devient plus néfaste.
L'une de ces équipes de recherche est la Sibling Aggression and Abuse Research and Advocacy Initiative (SAARA) du Crimes Against Children Research Center de l'Université du New Hampshire.
Cette équipe a défini un continuum d’interactions entre frères et sœurs, allant de la bonne entente à la rivalité et aux conflits qui, s'ils ne sont pas maîtrisés, peuvent dégénérer en agressions et en abus. Comprendre ce continuum, notamment ce qu'il faut rechercher et l'importance d'intervenir, peut aider à prévenir les conséquences dévastatrices qui peuvent survenir lorsqu'un frère ou une sœur est victime d’abus de la part d'un autre.
Harmonie
La plupart des familles connaissent de nombreux moments d'harmonie entre frères et sœurs : les aînés enseignent et aident les plus jeunes ; ils sont des compagnons de jeu qui créent, compatissent et tissent des liens autour des joies et des défis partagés ; ils apprécient un meilleur ami pour la vie. C'est l'objectif, mais cela se produit-il tout seul? L'harmonie est-elle possible tout le temps ? Le plus souvent, non. Toutes les relations demandent du travail. La rivalité et les conflits entre frères et sœurs sont naturels. Avec des conseils et un apprentissage de la communication, de la résolution de problèmes et de la régulation émotionnelle, l'harmonie est possible et permet d'acquérir des compétences pour la vie.
Rivalité
Il est naturel que les frères et sœurs aînés se sentent délaissés et jaloux lorsqu'un nouveau frère ou une nouvelle sœur arrive. La compétition pour l'amour, le temps, les objets et l'attention est normale et naturelle. La plupart des frères et sœurs éprouvent d’ailleurs des sentiments de jalousie, d'envie et de compétitivité. À mesure que les enfants grandissent, il est également normal qu'une compétition émerge dans des domaines tels que les études, le sport, les arts ou les relations amicales. Cela peut marquer le début d'une rivalité qui les stimule mutuellement, ou qui devient problématique. Cependant, en intervenant dès le plus jeune âge, avant que ces comportements ne s'ancrent ou ne s'aggravent, la rivalité peut au contraire devenir une occasion de développement favorisant l'estime de soi et l'empathie, permettant à chaque enfant de s'épanouir dans sa singularité.
Conflit constructif
Lorsque des personnes vivent ensemble, enfants comme adultes, des désaccords et des problèmes surgissent. Avec l'aide et les conseils des parents ou des tuteurs, ces situations peuvent devenir des occasions de croissance et de développement de compétences bénéfiques tout au long de la vie.
Conflit destructeur
Les conflits entre frères et sœurs peuvent toutefois devenir destructeurs et, sous l'effet de la colère ou de la frustration, conduire à une légère agressivité : insultes unilatérales ou mutuelles, injures et agressions physiques légères telles que des coups. Si rien n'est fait, cela peut dégénérer en formes plus graves et plus destructrices d'agressivité physique ou psychologique.
Agression
Une agression légère peut devenir grave lorsque les problèmes et les interactions négatives sont ignorés ou laissés sans solution, sans intervention des parents ou des tuteurs. Ces comportements peuvent inclure des coups de poing, des coups et d'autres comportements physiques, y compris l'utilisation d'armes, la destruction de biens, l'humiliation et d'autres comportements verbaux et émotionnels pouvant causer du tort. Ils peuvent être mutuels ou unilatéraux, mais auront invariablement un impact sur les deux enfants ou adolescents concernés.
Abus ou maltraitance
L’abus (ou son synonyme la maltraitance) concerne le pouvoir et le contrôle exercés sur autrui. Il peut être émotionnel, physique ou sexuel. Il existe des distinctions clés qui différencient l’abus de l'agression. L’abus est :
~ Unilatéral : un enfant est la victime ou l'enfant maltraité et l'autre est l'auteur ou l'agresseur.
~ Il existe un déséquilibre de pouvoir fondé sur l'âge, la taille, la cognition ou le statut au sein de la famille.
~ Il y a une intention de nuire.
~ Il est répétitif, persistant et donc propice à un état constant de peur, d'anxiété et de stress.
~ Les comportements nuisibles ne sont pas adaptés à l'âge ; par exemple, frapper peut être approprié pour les tout-petits, mais pas pour les enfants plus âgés.
Modifié à partir de Classification of Sibling Dynamics, Tucker, Whitworth et Finkelhor, website SAARA. © 2025 par les auteurs
Clarifications linguistiques et définitions
Les termes « victime » et « auteur » sont traditionnellement utilisés pour toutes les formes d'abus, y compris dans le système pénal. Étant donné que l'on sait que l'« auteur » d'abus entre frères et sœurs est également un enfant ou un adolescent (et donc également considéré comme une victime), cette terminologie fait l'objet d'un débat dans le domaine. Ainsi :
~ La victime peut également être désignée comme « lésée » ou « ciblée ». De plus, la plupart des personnes victimes d'abus pendant leur enfance choisiront plus tard de se désigner comme des personnes survivantes.
~ L'auteur peut également être appelé « agresseur », « délinquant » ou « perpétrateur ».
~ Les frères et sœurs peuvent désigner les frères et sœurs biologiques, demi-frères et demi-sœurs, frères et sœurs par alliance, ainsi que les cousins ou autres enfants du même âge vivant la plupart du temps dans le même foyer.
~ La maltraitance des enfants désigne les mauvais traitements infligés à un enfant par un adulte.
~ Intimidation entre frères et sœurs vs abus entre frères et sœurs - voir ci-dessous
Le continuum des interactions entre frères et sœurs permet de clarifier les frontières souvent floues entre les comportements sains et traumatisants entre frères et sœurs.
Nommer avec précision une expérience est un élément clé du processus de compréhension, d'intervention et de guérison d'un traumatisme. Comme on en sait très peu sur l’abus entre frères et sœurs - le terme lui-même étant rarement utilisé dans le domaine public - voici quelques informations de base sur le sujet. Cela est important pour :
~ Les personnes survivantes d’abus entre frères et sœurs qui ne sont peut-être pas conscientes que ce qu'elles ont vécu dans leur enfance n'était pas seulement de la rivalité fraternelle, mais bien de l’abus entre frères et sœurs, et les implications profondes d'être une victime de maltraitance
~ Les auteurs/frères et sœurs maltraitants qui pourraient bénéficier d'une meilleure compréhension de la nature et de l'impact de leur comportement, des raisons pour lesquelles ils ont agi ainsi et des conséquences négatives à long terme qu'ils pourraient également subir
~ Les adultes ayant des frères et sœurs qui peuvent rencontrer des difficultés dans leurs relations fraternelles
~ Les parents et tuteurs responsables du bien-être et du développement sain des enfants et des adolescents
~ Les professionnels en relation d’aide qui souhaitent savoir s'il faut intervenir et à quel moment
Abus ou maltraitance entre frères et sœurs
Comme d'autres formes de violence et d’abus au sein de la famille, l’abus entre frères et sœurs se divise en trois catégories : physique, émotionnel et sexuel, et peut aller de léger à grave. Comme indiqué ci-dessus, les principaux facteurs qui permettent de la qualifier d’abus sont les suivants :
~ L'intention de nuire
~ Le pouvoir et le contrôle
~ Le caractère unilatéral
~ La différence de pouvoir (âge, taille, cognition, statut)
~ La persistance et la durée
~ Le caractère inapproprié pour l'âge
Voici une brève présentation de ces formes d’abus lorsqu'elles impliquent des frères et sœurs.
Violence émotionnelle/psychologique entre frères et sœurs
Il est si courant que les frères et sœurs se taquinent, s'insultent et se disputent verbalement que nous réfléchissons rarement à leurs implications. Mais ces comportements apparemment anodins peuvent avoir un impact profond, en partie parce qu'ils peuvent se poursuivre de la petite enfance à l'âge adulte, sans être vraiment pris en compte. Une partie du préjudice est due à la nature répétitive, souvent pendant des années, de ces « attaques » verbales et émotionnelles de la part d'une personne qui est censée aimer la personne qu'elle maltraite, et qui l'aime généralement. Et la personne blessée, souvent un frère ou une sœur plus jeune, croit que ces paroles sont vraies. Les survivants rapportent souvent que cela est pire que les abus physiques qu'ils ont subis, car les messages négatifs sont profondément intériorisés. « Les bleus disparaissent, mais les voix dans votre tête restent. » De plus, les abus physiques ou sexuels entre frères et sœurs s'accompagnent généralement d'abus émotionnels.
Bien qu'ils varient de légers à graves, certains de ces comportements comprennent :
~ Insultes
~ Mépris
~ Insulter ou rabaisser l'apparence ou les capacités d'une personne
~ Ignorer ou rejeter
~ Menaces de violence physique ou actes effrayants
~ Humiliation publique, y compris sur les réseaux sociaux
~ Détruire des biens personnels ; maltraiter des animaux domestiques
~ Contrôle excessif ou autoritarisme
~ Refuser des privilèges
~ Manipulation et coercition pour pousser l’autre à faire des choses qu'il ne veut pas faire
~ Obliger les frères et sœurs à faire leur propre travail/leurs tâches ménagères
Violence physique entre frères et sœurs
Considérée comme une simple bagarre ou un jeu, la violence physique entre frères et sœurs est souvent acceptée comme normale, même si le même comportement de la part d'un adulte ou d'un pair serait alarmant. Mais la violence physique entre frères et sœurs n'est pas réciproque, comme le serait une bagarre, et elle masque les dommages réels qu'elle peut causer, d'autant plus qu'elle s'accompagne presque toujours de violence psychologique. Voici quelques comportements courants :
~ Frapper, mordre, gifler, bousculer, donner des coups de poing, tirer les cheveux, retenir, enfermer
~ Chatouiller de manière excessive (considéré comme une forme « inhabituelle » de violence, mais pouvant être ressenti comme une torture)
~ Comportements graves, blessants et dangereux pour la vie : étranglement, tentative de noyade, utilisation d'une arme (ou de tout objet utilisé comme arme)
Abus sexuel entre frères et sœurs
Tout comme les abus physiques et émotionnels entre frères et sœurs, les abus sexuels entre frères et sœurs sont la forme d'abus sexuel la moins discutée, la moins explorée et la moins étudiée. C'est également la plus courante, bien qu'il soit difficile d'obtenir des données à ce sujet pour plusieurs raisons, notamment la honte liée à la divulgation.
Il existe un « continuum » allant d’une curiosité naturelle pour le corps, appropriée à l'âge, à l'abus, englobant des comportements avec ou sans contact. Voici une brève distinction et quelques informations supplémentaires :
~ Abus sexuels avec contact (allant des baisers et marques d'affection inappropriés aux attouchements ou caresses, en passant par le viol)
~ Abus sexuels sans contact (exhibitionnisme, obligation pour la victime de regarder de la pornographie, discussions à caractère sexuel)
~ Les abus sexuels entre frères et sœurs commencent généralement plus tôt et durent plus longtemps que les autres types d'abus sexuels commis sur des enfants (c'est-à-dire par un adulte)
~ L'impact sur la santé mentale et le fonctionnement interpersonnel est tout aussi grave que celui des abus sexuels commis par un adulte qui s'occupe de l'enfant
~ Le plus souvent, il s'agit d'un frère aîné envers sa sœur cadette, avec en moyenne 5 ans d'écart
~ La manipulation de la victime n'est pas rare en raison de la facilité d'accès et de l'amour ou de la confiance qui unissent les frères et sœurs
~ L'accès à la pornographie en ligne est un facteur important
~ Il est plus susceptible d'entraîner l'intervention des services de protection de l'enfance ou des services à l'enfance et à la famille, ainsi que du système judiciaire pénal.
Prévalence
Bien qu'en augmentation, les recherches sur la maltraitance ou l’abus entre frères et sœurs sont limitées. Vous trouverez ci-dessous certaines des données les plus couramment citées et acceptées, et d'autres suivront, compte tenu de l'intérêt récent pour ce domaine.
~ Les trois catégories de maltraitance des enfants sont plus fréquentes de la part des frères et sœurs que de tout autre membre de la famille ; elles surviennent à tous les âges, y compris la violence envers les nourrissons
~ Plus de 50 % des enfants subissent des violences de la part d'un frère ou d'une sœur au cours d'une année ; jusqu'à 80 % subissent des abus émotionnels ou psychologiques
~ L'incidence la plus élevée de violence concerne les enfants âgés de 6 à 9 ans ; elle diminue chez les 14-17 ans et est deux fois plus fréquente dans les familles composées uniquement de garçons que dans celles composées uniquement de filles
~ Les taux de violence entre frères et sœurs sont nettement plus élevés que ceux observés pour l’intimidation entre pairs (35 % contre 20 %)
~ Entre 35 et 40 % des victimes de violence fraternelle présentent des symptômes de traumatisme
~ 2 à 5 % des enfants et des adolescents subissent des abus sexuels de la part d'un frère ou d'une sœur, ce qui touche 1 famille sur 5; un enfant étant 3 à 5 fois plus susceptible d'être victime d'abus sexuels de la part d'un frère ou d'une sœur que de toute autre personne
~ Les enfants atteints de troubles psychiatriques et de troubles du développement courent un risque plus élevé d'être victimes d'abus
Impact
Les recherches sur l'impact des abus commis par un frère ou une sœur ont montré qu'ils peuvent entraîner des conséquences graves à court et à long terme. Les victimes d'abus commis par un frère ou une sœur présentent souvent les symptômes suivants :
~ Problèmes de santé mentale : dépression, anxiété, trouble de stress post-traumatique complexe
~ Faible estime de soi ; honte
~ Automutilation ; pensées suicidaires ou tentatives de suicide
~ Toxicomanie, troubles alimentaires, autres comportements de dépendance
~ Difficultés dans les relations intimes et avec les pairs
~ Poursuite du rôle de victime ou d'auteur de violences et d'abus pendant l'adolescence et à l'âge adulte, au sein de la famille ainsi qu'à l'extérieur, par exemple envers ou de la part de pairs, de collègues et dans les relations intimes
~ Culpabilité liée au fait d'avoir révélé ou non l'abus ; culpabilité si la victime révèle l'abus et que le frère ou la sœur auteur des faits est puni
~ Besoin de plaire aux autres ; abandon de son pouvoir ; « locus de contrôle » externe où l'on a le sentiment d'avoir peu de contrôle ou de pouvoir sur sa propre vie
~ Potentiel d'un état constant de peur/d'anxiété : en tant que victime, on ne sait jamais quand une nouvelle agression peut se produire
~ Réaction au traumatisme : combat/fuite/paralysie/soumission - le traumatisme reste ancré dans le corps et peut être déclenché par d'autres événements, parfois apparemment mineurs ou sans rapport. Cela peut se poursuivre longtemps après l'enfance.
* REMARQUE : la maltraitance entre frères et sœurs affecte également l'enfant maltraitant en raison de la culpabilité qu'il ressent en raison de son propre comportement et des problèmes sous-jacents qui l'ont conduit à faire ces choix. Bon nombre des conséquences énumérées ici peuvent se produire, ainsi que des risques à long terme de comportement antisocial, de consommation de drogues illicites et d'implication dans des activités criminelles.
Impact dû au silence qui entoure l’abus entre frères et sœurs
La nature invisible de la maltraitance entre frères et sœurs ajoute un fardeau supplémentaire ; d'autres formes de maltraitance sont visibles et font l'objet de discussions publiques, dans les médias, en classe, etc. Ce n'est pas le cas de la maltraitance entre frères et sœurs. Même les professionnels en relation d’aide reçoivent peu ou pas de formation sur cette question.
Les enfants, et les adultes qui ont survécu à ces abus, peuvent donc avoir l'impression d'être les seuls à vivre ou à avoir vécu cette situation ; il semble n'y avoir aucune « cause profonde » externe à leurs difficultés. Incapables de comprendre pourquoi ils sont confrontés à ces problèmes et difficultés, ils peuvent se sentir profondément imparfaits, invisibles, isolés et confus.
Le fondement même de ce qui définit la « famille » crée une confusion supplémentaire et a des répercussions à long terme. Comment le frère ou la sœur qu'ils aiment peut-il leur faire du mal ? Pourquoi leurs parents ne les protègent-ils pas ? S'ils tentent de révéler ce qu'ils ont subi, leurs parents peuvent leur dire que c'est leur faute, qu'ils inventent tout, qu'ils exagèrent, les punir, ou simplement ignorer leurs propos. Cela peut non seulement détruire leurs propres assises, mais aussi celles de la famille elle-même, ce qui entraîne des relations difficiles entre frères et sœurs ou, souvent, une rupture avec les parents, les frères et sœurs, ou les deux.
Le silence qui entoure la violence entre frères et sœurs entraîne des répercussions sur toute la famille : la victime, l'agresseur et les parents qui ne savent parfois tout simplement pas quoi faire. Pour plus d'informations, consultez la rubrique Prévention, intervention et guérison, ici.
Facteurs de risque
Certains facteurs augmentent la probabilité de toutes les formes de violence familiale. Cependant, tout comme il n'existe pas de profil type pour les relations toxiques, il n'existe pas non plus de facteurs identiques dans toutes les familles d'enfants et d'adolescents auteurs ou victimes d'agressions et de maltraitance entre frères et sœurs.
Chaque famille et chaque individu au sein de chaque famille étant unique, les familles peuvent présenter quelques-uns ou plusieurs des indicateurs suivants de maltraitance potentielle. Notez qu'il existe :
Des éléments SPÉCIFIQUES au sein des familles qui peuvent augmenter le risque d'agression et de maltraitance entre frères et sœurs
Des facteurs de risque GÉNÉRAUX pour toutes les formes de maltraitance (maltraitance des enfants, violence entre partenaires intimes, etc.), y compris entre frères et sœurs
SPÉCIFIQUES à la violence/agression/maltraitance entre frères et sœurs
~ Comparaison : il est naturel, mais potentiellement problématique, de comparer les frères et sœurs ; le message d'un parent selon lequel un enfant est inférieur ou supérieur à son frère ou sa sœur peut avoir un impact profond, en particulier si d'autres facteurs de risque existent dans la famille
~ Favoritisme : l'enfant préféré peut être soit l'agresseur, soit la victime
~ Étiquetage : « le plus intelligent », « le plus drôle », « le fauteur de troubles », etc. sont autant de rôles qui peuvent alimenter le ressentiment ou la colère et conduire à l'agressivité ou à l’abus
~ Les frères et sœurs aînés chargés de s'occuper des plus jeunes : bien que cela soit parfois nécessaire et souvent efficace, cela donne à l'enfant gardien plus de responsabilités (qu'il n'est pas nécessairement capable d'assumer) et le place dans une position de pouvoir sur son frère ou sa sœur. Comme dans le cas de la maltraitance des enfants, il est rare que l'enfant victime informe ses parents lorsque cette dynamique entraîne un abus de pouvoir
~ Accès et temps : les frères et sœurs ont accès les uns aux autres 24 heures sur 24 ; les heures après l'école peuvent être particulièrement problématiques
~ Sexe et ordre de naissance : les aînés sont plus susceptibles d'être les auteurs des abus ; les filles plus jeunes sont plus souvent les victimes ; les frères et sœurs proches en âge sont plus exposés, les frères étant les plus violents
~ Action ou inaction des parents : négligence ; manque de surveillance ; style parental coercitif ; prise de parti ; blâme ou transfert de responsabilité à la victime ; incapacité à résoudre ou à réagir de manière appropriée aux conflits entre frères et sœurs ; normalisation de la maltraitance en ignorant ou en minimisant les comportements agressifs
~ Déni : tant que cela continue d'être normalisé, caché, hors du domaine public, personne n'a à assumer la responsabilité des préjudices et des dommages causés aux enfants. « Si la maltraitance entre frères et sœurs n'existe pas, il n'y a aucune responsabilité à assumer. »
GÉNÉRAL à tous les types de violence et de maltraitance familiales :
~ Manque de ressources (financières, spatiales, temporelles, émotionnelles, sociales, communautaires, etc.)
~ Stress ; conflits conjugaux
~ Désorganisation et chaos familiaux
~ Communication dysfonctionnelle
~ Parents souffrant de dépendances ou de troubles mentaux
~ Témoin ou victime de violence : violence conjugale entre partenaires intimes ou maltraitance des enfants (physique, sexuelle, émotionnelle, y compris les critiques et l'humiliation)
~ Normes culturelles qui tolèrent l'abus de pouvoir ; hiérarchie du pouvoir ; parents autoritaires
~ Acceptation générale de la violence
~ Recours aux fessées ou aux châtiments corporels à la maison
INTIMIDATION entre frères et sœurs vs ABUS entre frères et sœurs
Les termes « intimidation entre frères et sœurs » et « maltraitance entre frères et sœurs » sont souvent considérés comme interchangeables, car ils se rejoignent à bien des égards : les deux impliquent un comportement nuisible sur le plan physique, émotionnel ou mental, ainsi que sexuel ; l'intimidateur (ou l'agresseur) peut recourir à des insultes, à la violence physique, à la manipulation et à l'humiliation ; il existe un déséquilibre de pouvoir, par exemple en termes d'âge, de taille, de capacités cognitives et de statut.
Cependant, l'intimidation est généralement considérée comme un problème social entre pairs. Elle englobe un large éventail de comportements, allant de légers à graves, sans tenir compte des facteurs propres à la dynamique fraternelle et au système familial. Les personnes victimes d'intimidation par leurs pairs n'ont pas à s'asseoir en face de leur agresseur à table ou à partager leur chambre avec lui.
Les taux de violence entre frères et sœurs sont nettement plus élevés que ceux de l'intimidation entre pairs (35 % contre 20 %) et la maltraitance entre frères et sœurs est plus fortement associée à la dépression et à l'automutilation que l'intimidation entre pairs.
La maltraitance est associée et alignée sur la violence familiale - maltraitance des enfants, des conjoints et des personnes âgées. Nous nous engageons donc à considérer la maltraitance entre frères et sœurs comme faisant partie du paradigme de la violence familiale afin de garantir qu'elle bénéficie de la même attention en termes de politiques, de programmes, de recherche et de formation.
La perception du public est importante ; le langage guide notre perception. Si la recherche sur l’intimidation a donné lieu à des programmes, des actions de sensibilisation et des mesures éducatives inestimables, le fait de maintenir une distinction entre les comportements entre pairs et les comportements entre frères et sœurs nous permettra de mieux comprendre les différences qui les caractérisent.
REMARQUE : Toutes les informations et données proviennent de diverses sources ; voir Ressources.
Accueil | À propos de SCAAR | Nos recherches | Frères et sœurs : de la rivalité à la maltraitance | Prévention et intervention | Ressources | Équipe de recherche | Contact
©Sibling Conflict, Aggression, and Abuse Canada | contact@scaar.ca | King’s University College | Université de Moncton
Le programme de recherche sur les conflits, l'agressivité et l’abus entre frères et sœurs bénéficie d'un financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH)